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SANGATTE:
EN FINIR AVEC L’HYPOCRISIE
COMMUNIQUE
: 20 juin 2002
Parce qu’un état de fait inacceptable s’est créé
et se prolonge sur le sol de notre pays, à Sangatte ;
Parce
que ce sont nos associations, et en premier lieu la Croix-Rouge,
qui sont confrontées à une situation toujours plus
préoccupante, et même dramatique puisque des vies humaines
sont quotidiennement mises en jeu ;
Parce
que nous avons toutes raisons de craindre que de nouveaux lieux
“ type Sangatte ” se multiplient sur le sol européen
ou à ses frontières ;
La
Coordination Française pour le Droit d’Asile entend
aujourd’hui interpeller, à la veille du Sommet européen
de Séville, ceux qui ont le pouvoir de mettre fin à
cette situation intolérable.
Ne
faisons pas porter à ceux qui les subissent les responsabilités
des Etats eux-mêmes. Victimes des mafias, aussi bien que des
politiques européennes restrictives, celles et ceux qui se
succèdent depuis bientôt trois ans à Sangatte
viennent pour l’immense majorité de pays dont la situation
interne justifie qu’ils soient fondés à demander
la protection d’un Etat, telle que prévue par la Convention
de Genève. Qu’il s’agisse de Vietnamiens, d’Iraniens,
de Roms d’Europe de l’Est, de Rwandais ou de Kosovars,
pour ne citer que quelques cas, ils ont le droit de trouver accueil
et protection.
La
France a sa part de responsabilité. Certes, elle se refuse
à renvoyer des personnes dans leurs pays d’origine
ou de premier passage, respectueuse en cela de la Convention européenne
de sauvegarde des Droits de l’Homme. Mais sa politique d’asile
et d’accueil, par le manque d’information, par les interminables
délais d’instruction des demandes, par la pénurie
d’hébergement, par le refus du droit au travail, semble
avant tout conçue pour dissuader les réfugiés
potentiels, poussés dès lors à aller tenter
leur chance ailleurs.
La
Grande-Bretagne a sa part de responsabilité, en interdisant
aux réfugiés – qui parviennent malgré
tout souvent à leurs fins, mais à quel prix ? –
de rentrer sur son territoire pour y déposer une demande
d’asile. En ne s’associant qu’aux mesures les
plus restrictives, au sein du dispositif européen d’immigration
et d’asile qui se met en place, la Grande Bretagne contribue
à la pérennisation de Sangatte.
Au-delà,
c’est l’Union européenne dans son ensemble qui
est responsable de ce qui se passe aujourd’hui, et de l’actualité
dramatique du centre de Sangatte. Entre l’hypocrisie des Etats
par lesquels transitent les réfugiés avant d’arriver
aux portes de la Grande-Bretagne, et la priorité donnée
dans les travaux européens à l’harmonisation
répressive en matière de sécurité, de
police et de justice, toutes les conditions sont réunies
pour que le phénomène “ Sangatte ” se
développe, notamment aux frontières de l’Europe.
La situation qui prévaut à Sangatte est ainsi révélatrice
tant des manquements graves au droit d'asile que de l'urgence pour
l'Europe de se doter de règles saines en la matière.
C’est pourquoi la Coordination Française pour le Droit
d’Asile, rappelant qu’elle a adressé aux pouvoirs
publics, en octobre 2001, “ 10 Conditions minimales pour un
réel droit d’asile ”, réclame :
-
qu’en France, dans l'attente de la transposition de la directive
européenne sur les conditions d’accueil des demandeurs
d'asile, des mesures soient prises pour améliorer ces conditions,
principalement avec le retour du droit au travail et l'ouverture
de structures d'hébergement à la hauteur des besoins
;
-
que la Grande-Bretagne cesse de participer de façon sélective
à la politique européenne d’asile et d immigration
;
-
que l’Union européenne adopte des règles simples
en matière de procédures de demandes d’asile,
qui permettent à toutes les personnes désireuses de
réclamer la protection de la Convention de Genève
de déposer leur demande dans n’importe quel pays de
l’Union, et de circuler librement ensuite à travers
le territoire de l’Union en attendant que soit examinée
leur demande.
Quant
au centre de Sangatte, en attendant que soient réunies les
conditions permettant sa fermeture, il doit être doté
de moyens lui permettant un accueil plus respectueux des droits
des personnes.
Toute
autre politique, qui privilégierait la répression
et l’accroissement des mesures de police et de sécurité
au détriment des droits fondamentaux et du droit d’asile
conduirait à l’échec de la politique européenne
et à de nouveaux drames."
Sont signataires les associations suivantes, membres de la CFDA
:
ACAT
–Amnesty International, section française – APSR
– AVRE – CASP – Cimade - Comede – Forum
Réfugiés, GAS – Gisti – Ligue des Droits
de l’Homme – MRAP – association Primo Levi –
Secours Catholique – SNPM – SSAE.
La Coordination française pour le droit d’asile rassemble
les organisations suivantes :
ACAT
(Association des chrétiens contre la torture), Amnesty International
- section française, APSR (Association d’accueil aux
médecins et personnels de santé réfugiés
en France), AVRE (Association pour les victimes de la répression
en exil), CAEIR (Comité d’aide exceptionnelle aux intellectuels
réfugiés), CASP (Centre d’action sociale protestant),
Cimade (Service oecuménique d’entraide), Comede (Comité
médical pour les exilés), Croix Rouge Française,
Forum Réfugiés, FTDA (France Terre d’Asile),
GAS (Groupe accueil solidarité), GISTI (Groupe d’information
et de soutien des immigrés), LDH (Ligue des droits de l’homme),
MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié
entre les peuples), Association Primo Levi, Secours Catholique (Caritas
France), SNPM (Service National de la Pastorale des Migrants), SSAE
(Service social d’aide aux émigrants).
La délégation française du Haut Commissariat
pour les Réfugiés est associée aux travaux
de la CDA.
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