|
Retour
index loi sur l'asile
Le
droit d’asile attaqué au plus haut niveau
dans une note du ministère des Affaires étrangères
Communiqué
de presse 17 janvier 2002
Alors
que depuis plus d’un an, les associations soussignées,
membres de la Coordination pour le droit d’asile, tentent
d'attirer l’attention des pouvoirs publics sur la mise en
péril du droit d’asile en France sans obtenir d’autre
réponse que des promesses de toilettage technique, elles
ont pris connaissance avec consternation d’une note publiée
dans l’Express, signée du directeur des Français
à l’étranger et des étrangers en France
au ministère des Affaires étrangères, Jean-Pierre
Lafon, par ailleurs président du Conseil d’administration
de l’OFPRA, qui reflète la philosophie qui semble présider
au plus haut niveau sur la question de l’asile.
Dans
cet « état des lieux » qui ressemble à
un réquisitoire, la France serait la victime de hordes de
plus en plus nombreuses de fraudeurs à l’asile, qui
utiliseraient sa législation trop laxiste pour franchir ses
frontières, se maintenir abusivement sur son sol et échapper
à toute reconduite à la frontière. Ces fraudeurs
- parmi lesquels des criminels et des terroristes - bénéficieraient
de la complicité des juges complaisants et de la Commission
des recours des réfugiés pour obtenir indûment
le statut de réfugié, s'empressant ensuite de se faire
rejoindre en France par d’autres "fraudeurs" en
abusant de la procédure du regroupement familial.
Reçues
au mois de décembre à Matignon pour y faire part des
propositions de leur plate-forme, Dix conditions pour un réel
droit d’asile en France, les associations membres de la Coordination
pour le droit d’asile avaient alors fait état de «
leur déception, à la mesure de l’absence de
réponses satisfaisantes ». Elles s’indignent
aujourd’hui que la réponse officielle leur parvienne
sous la forme d’une note à caractère mensonger
et diffamatoire à l’égard des demandeurs d’asile.
Le
« document-choc » de Jean-Pierre Lafon oublie en effet
de dire qu’à l’échelle des déplacements
mondiaux de population, la France n’accueille qu’un
nombre infime de demandeurs d’asile. Qu’elle n’accorde
qu’à moins de 15% d’entre eux le statut de réfugié.
Qu’un demandeur d’asile territorial, qui doit attendre
plus d’une année la réponse à sa demande,
ne bénéficie d’aucune assistance financière
pendant cette période . Que la politique menée au
cours de la dernière décennie a principalement consisté
à précariser le droit d’asile en supprimant
ou en restreignant de nombreuses garanties. Qu’enfin, et surtout,
l’augmentation du nombre de candidats à l’asile
qui se pressent aux frontières de nos pays est principalement
le fruit de la multiplication des conflits qui, secouant la planète,
les ont poussés sur la route de l’exil. Il néglige,
dans le même temps, de préciser que cet "afflux"
reste, en tout état de cause, largement inférieur
au nombre de demandes d'asile enregistrées à la fin
des années 80.
Face
aux attaques qui sont portées, au plus haut niveau, contre
le droit d’asile, et au reniement implicite des principes
dont la France se plaît pourtant à se revendiquer,
les associations de la Coordination pour le droit d'asile rappellent
que l'asile est un droit fondamental, inscrit au Préambule
de la Constitution, que la France s’est engagée sur
le plan international à respecter. En agitant le chiffon
rouge de la fraude, le gouvernement y porte gravement atteinte et
prend la lourde responsabilité, à la veille d’échéances
électorales, de réveiller les réflexes xénophobes.
Certes, il est nécessaire de réformer le dispositif
d’asile : mais dans le sens d’une plus grande protection
de ceux qui n'ont trouvé d'autre issue que dans la fuite
de leur pays .
Signataires
: ACAT, Amnesty International, APSR, Association Primo Levi, CASP,
Cimade, Comede, GAS, GISTI,
France Terre d’Asile, Forum Réfugiés, Ligue
des droits de l’homme, MRAP, Service National de la Pastorale
des Migrants
|